L'invention est relative aux techniques de fusion électrique et concerne
plus particulièrement celles dans lesquelles l'énergie est dissipée par effet Joule
dans la masse fondue à partir d'électrodes plongeantes.
Pendant longtemps, les installations de production de verre opérant
sur de grandes quantités ont été pourvues de fours de fusion alimentés en combustible
fossile, tel que fioul ou gaz. C'était en particulier le cas pour les installations
de production en continu de grande capacité fournissant par exemple le verre plat
ou le verre de bouteillerie. Sur ces grands fours l'énergie électrique, lorsqu'elle
était utilisée, l'était essentiellement comme appoint local pour maintenir la température
du verre dans les zones les moins chaudes, ou en dehors du four dans son cheminement
vers le lieu de transformation ou encore pour développer certains mouvements de
convection pour favoriser l'homogénéisation, l'affinage ou le transport du matériau
fondu.
La fusion électrique proprement dite est d'abord apparue sur des
petites unités pour lesquelles une grande souplesse dans les conditions d'utilisation
semblait nécessaire. Les fluctuations des coûts énergétiques et la maîtrise progressive
de certains problèmes d'ordre technologique ont conduit plus récemment au développement
d'unités de production importantes dans lesquelles l'ensemble du processus de
fusion, à l'exception de la mise en service, se déroule en ayant recours à l'énergie
électrique. Ce développement requiert la solution de problèmes technologiques
extrêmement délicats.
C'est ainsi que, notamment pour éviter la question de l'oxydation
des électrodes à la surface du bain en fusion, il a été proposé de les immerger
complètement. C'est la solution retenue, par exemple, dans la demande de brevet
français publiée sous le numéro FR-A-2 552 073. Dans ce document, les électrodes
sont disposées verticalement dans le bain à partir de la sole du four. Dans d'autres
réalisations, on trouve aussi des électrodes passant par les parois latérales
du four.
Indépendamment des avantages qu'elle procure vis-à-vis des problèmes
de corrosion, l'immersion des électrodes permet aussi une alimentation commode
et bien uniforme de la surface du bain en composition de matières premières. La
constitution d'une couche relativement épaisse de composition à fondre, surnageant
sur le bain fondu, est utile en effet pour plusieurs raisons. Elle forme, au contact
du bain en fusion, la réserve permanente de matière nécessaire au fonctionnement
continu. Elle protège aussi le bain en fusion d'une forte déperdition calorifique
par convection au contact de l'atmosphère et surtout par rayonnement.
Si les fours du type décrit dans le document précité trouvent des
applications industrielles très importantes, ils ne permettent pas de répondre
nécessairement au mieux à toutes les exigences rencontrées dans la pratique. A
titre d'exemple il est souhaitable, dans certains cas, et dans le but évident
de limiter les coûts d'investissement, de transformer les installations fonctionnant
avec des brûleurs en conservant le plus possible des éléments existants et notamment
les matériaux réfractaires constituant le bassin. Une telle transformation n'est
pas possible lorsqu'il s'agit d'implanter des électrodes dans la sole ou dans
les parois latérales du four.
Les fours dont les électrodes sont immergées offrent des possibilités
limitées de réglage des électrodes. S'ils conduisent à des performances tout à
fait satisfaisantes pour un certain régime, ils se prêtent moins bien à des modifications
fréquentes et/ou substantielles de ce régime de fonctionnement.
Par ailleurs, même si la technologie des électrodes immergées est
maintenant bien maîtrisée et que l'on peut envisager une longévité des électrodes
comparable à celles des réfractaires, le risque de la détérioration prématurée
d'une ou plusieurs électrodes venant compromettre le bon fonctionnement ne peut
être complètement écarté.
Une autre solution notamment décrite dans la demande de brevet français
publiée sous le numéro 2 599 734 consiste à plonger des électrodes par la surface
libre du bain de matière fondue. Cette technique présente un certain nombre d'avantages.
Tout d'abord, elle évite bien entendu les difficultés liées au passage de ces électrodes
à travers le réfractaire, et, également, les problèmes de remplacement d'électrodes
usées, d'étanchéité ou encore d'usure des réfractaires, notamment dus à une température
élevée qui favorise l'attaque du réfractaire et à de puissants courants de convection
qui se développent à son contact.
La technique des électrodes plongeantes localise les zones les plus
chaudes à la partie supérieure du bain fondu et atténue ainsi ces problèmes.
Par ailleurs, cette technique permet de modifier la profondeur d'immersion
des électrodes et donc le gradient de température. Cela autorise des modifications
de tirée du four sans changer la température de la sole et, par conséquent, la
température du verre à la sortie du four.
De plus, l'expérience montre que cette technique a un rendement thermique
très satisfaisant et conduit à une bonne qualité du matériau fondu.
Ces électrodes plongeantes sont habituellement fixées sur des supports
qui surplombent le bassin de fusion à partir des côtés de celui-ci. La demande
FR-A-2 599 734 décrit un tel support qui se compose d'un bras qui comporte des
canalisations pour la circulation du liquide de refroidissement et un câble électrique
pour l'alimentation de l'électrode, et du support d'électrode proprement dit.
En régime normal de fonctionnement, une couche de composition déposée
à la surface du bain en fusion, qui constitue une protection contre les déperditions
thermiques, évite une trop forte élévation de la température du bras qui surplombe
le bain en fusion.
Par contre, lors d'une phase de mise en veille, au cours de laquelle
la couche protectrice de matières premières est, soit d'épaisseur très réduite,
soit absente, la température du bras devient très élevée et entraîne une dégradation
du système d'alimentation électrique.
Pour éviter cet inconvénient, une solution habituelle consiste au
cours d'une phase de mise en veille à relever les électrodes plongeantes et à maintenir
une température suffisante dans le bain par des électrodes immergées le plus souvent
placées sur les parois. Cette technique est efficace mais on retrouve les problèmes
liés aux électrodes immergées bien que dans le cas présent, elles fonctionnent
sous des tensions plus faibles puisqu'elles ne font que maintenir la température
du bain déjà fondu. De plus, de telles électrodes immergées nécessitent des coûts
d'investissements supplémentaires.
Une autre solution proposée, notamment décrite dans le brevet US
4,965,812, consiste à utiliser un support d'électrode constitué essentiellement
d'un système de refroidissement de type " water-jacket" conducteur de courant.
Le système d'alimentation est alors continuellement réfrigéré et donc protégé de
l'élévation de température qui intervient lors d'une phase de mise en veille. Par
contre, ce type d'installation nécessite un dispositif de protection car les supports
d'électrodes sont maintenus sous tension en permanence.
Un tel dispositif consiste le plus souvent en un grillage qui interdit
l'accès du four aux employés. Cependant certaines mesures qui nécessitent la présence
d'un opérateur à proximité du bain et donc des supports d'électrodes mettent cet
opérateur en danger.
EP-A-0 135 473 décrit un support d'électrode de four à arc, ledit
support comportant un système d'amenée de courant et un dispositif de refroidissement,
dans lequel le support présente en surface une protection thermique et ladite surface
est isolée par rapport à la tension du conducteur de courant.
L'invention a pour but un dispositif pour la fusion électrique de
charge vitrifiable qui agit soit en régime normal de fonctionnement, soit en période
de veille sans l'intervention d'électrodes immergées et sans risque pour les opérateurs.
Ce but est atteint selon l'invention definie dans la revendication
1.
Le support d'électrode selon la revendication 1 satisfait aux problèmes
posés par les techniques antérieures. En effet, il n'existe plus de risque, pour
les opérateurs, lié au maintien de la tension d'alimentation de l'électrode. Et,
lors d'une mise en veille du four de fusion, l'élévation de température due notamment
au rayonnement du bain de verre fondu n'entraîne pas la dégradation du support
puisque celui-ci possède une surface isolée thermiquement.
Dans une variante préférée de l'invention, le système d'amenée de
courant est un système de refroidissement, du type "water-jacket" conducteur de
courant électrique. Ce dispositif est alors entouré d'un isolant électrique, avantageusement
en un matériau résistant à des températures très élevées.
L'isolant qui est choisi pour résister à des températures élevées
est avantageusement refroidi par la circulation d'eau du système de refroidissement
conducteur de courant.
Lors d'une mise en veille, la température du support devenant très
élevée du fait du rayonnement, il est nécessaire de choisir un matériau isolant
résistant à ces températures et a priori très onéreux.
L'invention propose avantageusement d'entourer l'isolant électrique
d'un second système de refroidissement du type "water-jacket". Il est ainsi possible
de choisir un matériau pour l'isolant électrique résistant à des températures
inférieures. De plus, un tel matériau voit généralement ses propriétés d'isolation
électrique s'améliorer à basse température.
D'autre part, le refroidissement de ce matériau isolant électrique
permet d'assurer sa pérennité.
Le support d'électrode ainsi proposé comporte donc deux systèmes
de refroidissement. Les systèmes de refroidissement sont avantageusement réalisés
par circulation d'eau. Le système interne étant conducteur de courant électrique
pour l'alimentation de l'électrode, l'invention prévoit deux circuits distincts
de circulation d'eau de façon à ce que l'eau conductrice de courant et circulant
dans le système de refroidissement alimentant l'électrode n'apporte pas une tension
au niveau du second système de refroidissement qui n'aurait plus alors aucune utilité.
Selon un autre mode, préféré, de l'invention, les deux systèmes de
refroidissement sont alimentés par un même circuit d'eau, l'eau étant déminéralisée
de sorte qu'elle soit non conductrice de courant. Le dispositif d'alimentation
d'eau extérieur au support d'électrode peut ainsi être limité à un circuit unique.
D'autres détails et caractéristiques avantageux de l'invention ressortent
ci-après de la description des exemples de réalisation décrits en référence aux
figures 1, 2 et 3 qui représentent :
- figure 1, une coupe d'une représentation schématique partielle d'un four comportant
des électrodes immergées verticalement à partir de la surface,
- figure 2, un schéma d'une réalisation selon l'invention d'une électrode et
de son support.
- figure 3, une représentation schématique d'une partie d'un support selon une
autre réalisation de l'invention.
Le schéma de la figure 1 représente une partie d'un four de fusion
associé à des électrodes plongeantes 1. Le four est constitué par un bassin réfractaire
composé de la sole 2 et des parois latérales 3. Au-dessus du bassin, la voûte
réfractaire 4 est suspendue à un bâti métallique 5 partiellement représenté, ledit
bâti métallique 5 chevauchant le four.
Il est prévu des parois réfractaires mobiles 6 qui lorsqu'elles sont
en position basse, c'est-à-dire en appui sur les parois latérales 3, permettent
d'isoler partiellement le bain en fusion 7 de l'atmosphère environnante.
Seules des ouvertures dans les parois 6 sont prévues pour le passage
des supports d'électrodes 8.
Cette position basse des parois 6 est adoptée lorsque le four est
mis en état de veille et qu'il n'est plus nécessaire de l'alimenter en matières
premières. Cela permet d'éviter une déperdition thermique trop importante, et
le risque de dégrader tout le matériel environnant.
En ce qui concerne l'électrode 1 celle-ci est immergée à la surface
du bain de fusion 7 sous la couche 9 de matières premières à fondre. Cette couche
9 qui recouvre le bain de fusion 7 en mode de fonctionnement normal, isole thermiquement
le bassin et permet d'éviter les déperditions thermiques.
L'électrode 1 est fixée au support 8 qui comprend le système d'alimentation
électrique et un dispositif de refroidissement de l'électrode 1, qui ne sont pas
représentés sur cette figure 1.
Le support 8 est lui-même raccordé à un mécanisme non représenté
qui permet notamment de retirer une électrode 1 du bain par exemple pour un changement
ou une réparation.
Sur la figure 2, l'électrode 1 et son support 8 sont plus précisément
représentés et font ressortir les avantages de l'invention.
L'électrode 1, habituellement en molybdène, est fixée par l'intermédiaire
d'un élément 10, conducteur de courant, au tube 11 qui constitue le dispositif
de refroidissement conducteur de courant électrique. L'élément 10 est une allonge
qui se fixe au tube 11 par vissage. A l'autre extrémité de cette allonge 10, on
fixe l'électrode 1. Une telle réalisation permet de pouvoir démonter facilement
l'ensemble allonge 10/électrode 1 car l'endroit du vissage ne trempe jamais dans
le bain de fusion. En effet, si le tube 11 était plus long et venait tremper directement
dans le bain, il serait possible de fixer directement l'électrode 1 sur celui-ci
par exemple par vissage. Par contre, il deviendrait beaucoup plus délicat de procéder
au démontage de l'électrode, le point d'attache ayant trempé dans le bain de fusion.
Selon notre montage le changement est très facile mais nécesite tout de même de
remplacer l'allonge 10 en même temps que l'électrode 1. Cette allonge 10 peut être
entourée, au moins partiellement, d'un matériau réfractaire suffisamment épais
pour éviter un contact direct avec les matières premières ou le bain fondu.
D'autre part, l'allonge 10 permet également le passage du liquide
de refroidissement jusqu'à l'électrode de façon à ce que celle-ci soit refroidie.
La fixation par vissage est intéressante car elle permet un remplacement
rapide. Les remplacements d'électrodes peuvent être fréquents car ils n'interviennent
pas uniquement en cas d'usure mais permettent également de modifier les électrodes
et notamment leur longueur de façon à modifier le niveau d'immersion et donc l'apport
énergétique au sein du four. Le tube 11 peut être réalisé en acier de façon à
ce qu'il ait de bonnes propriétés de rigidité et de conduction.
Au sein de ce tube 11, est placé un second tube 12, par exemple concentrique.
Ce second tube 12 est par exemple fixé en différents points à la surface interne
du tube 11. L'association de ces deux tubes 11 et 12 permet une circulation d'eau
et constitue ainsi un dispositif de refroidissement de type water-jacket. Le système
de refroidissement étant conçu de façon à refroidir l'électrode 1, le tube 12
traverse l'allonge 10.
A l'autre extrémité du tube 11 vient se fixer un collier 13 d'alimentation
par exemple en cuivre lui-même placé au sein d'un coffrage isolant 14. Ce collier
13 permet de mettre le tube 11 à la tension désirée, et celui-ci étant conducteur
électrique d'alimenter l'électrode 1 sous cette même tension.
Autour du tube 11 est placé un matériau 15 isolant électrique avantageusement
réalisé en un matériau réfractaire du type de l'isolant électrique commercialisé
sous la référence MURATHERM 500 M. Le matériau 15 est réalisé sous forme d'un
ou plusieurs manchons qui enveloppent et prennent appui sur une partie de la surface
externe du tube 11. Ce matériau isolant électrique permet donc une accessibilité
au support d'électrode sans aucun risque d'électrocution pour les opérateurs qui
doivent approcher du bain de fusion. Le matériau 15 est lui-même entouré d'une
enveloppe 16 concentrique dans laquelle circule un liquide de refroidissement
tel que de l'eau. Cette enveloppe 16 du type "water-jacket" comprend un manchon
17 interne qui permet la circulation de l'eau.
Ce second dispositif de refroidissement permet d'une part d'éviter
une surchauffe du matériau isolant même si celui-ci est choisi comme pouvant résister
à des températures assez élevées et s'il est déjà en partie refroidi par le premier
système de refroidissement.
D'autre part, il permet d'obtenir une surface externe du support
d'électrode 8, qui reste relativement froide et peut permettre une manipulation
ou tout au moins l'approche d'un opérateur même lorsque le four est en veilleuse
et que le support 8 est chauffé essentiellement par le rayonnement issu du bain
de fusion où la couche 9 de matière première est absente.
Les différents éléments cités 11, 12, 15, 16, 17 constituent des
tubes, par exemple, concentriques, placés les uns autour des autres.
Dans le cas de la figure 3, un dispositif de refroidissement du type
"water-jacket", conducteur de courant, constitué de deux tubes concentriques 18,
19 est entouré d'un ou plusieurs manchons 20 en un matériau isolant électrique
et présentant une bonne isolation thermique et une bonne tenue en température.
La protection thermique de la surface du support d'électrode est
alors obtenue d'une part, par la nature même du manchon 20 et d'autre part, par
la présence du dispositif de refroidissement qui permet de refroidir ce manchon
20.
La protection électrique est apportée par le manchon 20 qui enveloppe
le tube 19 conducteur de courant.
Les différentes canalisations permettant l'arrivée et le départ de
l'eau de refroidissement ne sont pas représentées sur les figures.
L'eau utilisée pour le refroidissement est avantageusement une eau
déminéralisée, ce qui permet d'utiliser les mêmes circuits pour les deux systèmes
de refroidissement sans risque de conduction du courant vers le système de refroidissement
externe, qui est par ailleurs relié à la terre.
Les flèches non numérotées indiquent les différents circuits suivis
par le liquide de refroidissement.
L'électrode associée à son support ainsi décrite selon l'invention
permet d'une part une utilisation sans risque en mode de fonctionnement normal
puisque aucun dispositif accessible n'est sous tension et d'autre part une utilisation
sans risque de dégradation du support lorsque le four est mis en veilleuse.
Le dispositif composé de l'électrode et de son support selon l'invention
permet donc de conserver les différents avantages, liés à la fusion électrique
par électrode immergée à partir de la surface du bain de fusion, qui ont été énumérés
précédemment. Il s'agit par exemple, des bons rendements thermiques, de la bonne
qualité du matériau fondu malgré des modifications de tirée, de l'augmentation
de durée de vie du four car les réfractaires sont moins attaqués ou bien parce
qu'il est aisé de changer une électrode.
De plus, le dispositif selon l'invention permet d'éviter la présence
d'électrodes totalement immergées pour les périodes de veilleuse ou bien la présence
à plein temps d'un système de protection évitant la présence des opérateurs à
proximité des éléments continuellement sous tension.