La présente invention se rapporte à un procédé d'adoucissement d'un
jus sucré aqueux contenant du sucre et des ions calcium et concerne plus particulièrement
un procédé de régénération de résines échangeuses d'ions dans le processus de
décalcification des jus de sucrerie.
Au cours des procédés utilisés dans la fabrication du sucre, on traite
le jus obtenu par diffusion, à partir de betteraves sucrières transformées en cossettes,
avec de la chaux. Les cossettes épuisées sont pressées pour donner de la pulpe.
La chaux introduite dans le jus est transformée, par introduction d'anhydride carbonique,
en carbonate de calcium. Le carbonate de calcium est éliminé par filtration. Cependant,
cette élimination n'est que partielle et une certaine quantité de composés de calcium
reste dissoute dans le jus sous forme de sels de calcium solubles. Ces sels de
calcium ont une certaine solubilité qui diminue lorsque la concentration en matières
sèches augmente, ce qui se produit au cours d'étapes d'évaporation et de cristallisation.
En précipitant, ces sels de calcium entartrent le matériel et font baisser le coefficient
de transfert thermique, ce qui provoque des perturbations partielles dans l'équilibre
de l'économie de la sucrerie. De plus, ils créent un trouble dans le sucre cristallisé
obtenu au cours du processus.
Une décalcification est donc nécessaire pour maintenir le matériel
propre et obtenir des sucres de qualité, c'est-à-dire sans trouble. Les ions calcium
sont échangés au moyen de résines échangeuses d'ions par des ions sodium et/ou
de potassium, et la résine est ensuite régénérée. La régénération a été tout d'abord
effectuée avec de la saumure, NaCI, mais ce mode de régénération est à présent
abandonné dans la plupart des pays car il génère des eaux résiduaires chargées
de chlorures.
Deux types de régénération sont utilisés actuellement, procédé Akzo
ou NRS et le procédé Gryllus.
Le procédé Akzo, consistant en une régénération à la soude, entraîne
une dépense importante de soude et une augmentation de la coloration des jus épurés.
Selon le procédé Gryllus, la régénération est effectuée avec un Egout
Pauvre II. Les inconvénients du procédé Gryllus sont une précipitation des sels
de calcium en troisième jet, le recyclage en Liqueur Standard 1 (LS1 ) et un trouble
dans le sucre du premier jet.
La présente invention pallie les problèmes des techniques de régénération
de l'art antérieur.
Selon le procédé de la présente invention, de la mélasse est utilisée
pour la régénération des résines échangeuses d'ions du processus de décalcification
des jus de sucrerie.
La présente invention fournit donc un procédé de décalcification de
jus de sucrerie épurés d'un processus de fabrication de sucre, provenant des étapes
de filtration, dans lequel lesdits jus, contenant des ions calcium, sont envoyés
sur une résine échangeuse d'ions cationique forte sous forme Na+ ou
K+, où les ions calcium sont remplacés par des ions sodium et/ou potassium,
et dans lequel ladite résine échangeuse d'ions est ensuite soumise à une régénération
(ou lavage), ledit procédé étant caractérisé en ce que l'on utilise de la mélasse
diluée pour effectuer ladite régénération (ou ledit lavage) de ladite résine échangeuse
d'ions.
Cette mélasse est avantageusement une partie de la mélasse obtenue
au cours du processus de fabrication de sucre.
Si l'installation comporte une distillerie, tous les produits sortant
de la décalcification et ayant servi à la régénération sont directement envoyés
à la distillerie. Il n'y a aucun recyclage d'éluat en épuration. Dans ce cas la
première variante décrite ci-après sera avantageusement utilisée.
Inversement, si l'installation ne comporte pas de distillerie, les
fractions diluées servent à la dilution de la mélasse turbinée (pour la régénération).
Dans ce cas la deuxième variante décrite ci-après sera de préférence utilisée.
Selon une première variante de l'invention, la mélasse est envoyée
dans l'étape de régénération à co-courant.
Selon la première variante de la présente invention, la mélasse est
de préférence diluée à environ 70 à 80 brix (pour cent de matières sèches), mieux
encore à environ 76 brix, avant d'être envoyée à l'étape de décalcification pour
régénérer la résine échangeuse d'ions.
Selon cette première variante de la présente invention, la mélasse
est avantageusement réchauffée à une température d'environ 80 à 90°C, mieux encore
à environ 85°C, avant d'être envoyée à l'étape de décalcification pour régénérer
la résine échangeuse d'ions.
Selon la première variante de l'invention, la régénération de la résine
échangeuse d'ions est effectuée alors que la résine est à sec, c'est-à-dire le
lit de résine a été drainé et se trouve donc à sec. Une résine échangeuse d'ions
est dite "à sec" quand elle ne comprend pas de liquide interstitiel (eau ou, dans
le cas présent, jus).
Pour autant que le sache la Demanderesse, dans l'art antérieur, aucune
régénération de résine échangeuse d'ions n'avait été effectuée sur une résine à
sec. Il a donc fallu vaincre un important préjugé pour appliquer les dispositions
ci-dessus de la première variante de la présente invention.
Selon une autre disposition avantageuse de la première variante de
la présente invention, on constitue une galette de mélasse qui est envoyée sur
la résine afin d'éliminer avec le minimum de mélange, c'est-à-dire de dilution,
le jus dilué contenu dans la résine.
Selon encore une autre disposition avantageuse de cette première variante
de l'invention, après régénération, la résine est amenée à sec, par une vidange
totale du bidon de résine, et la résine est lavée à sec par une galette de jus
épuré.
La mélasse calcifiée ayant servi à régénérer la résine échangeuse
d'ions de l'étape de décalcification est mélangée avec de la mélasse du processus,
c'est-à-dire de la mélasse turbinée, pour obtenir une concentration égale à environ
80 % de matières sèches, et est envoyée au stockage.
Selon une deuxième variante de l'invention, la mélasse est envoyée
dans l'étape de régénération à contre-courant.
Selon la deuxième variante de la présente invention, la mélasse est
de préférence diluée à environ 60 à 65 brix, mieux encore à environ 62 brix, avant
d'être envoyée à l'étape de décalcification pour régénérer la résine échangeuse
d'ions.
Selon cette deuxième variante de la présente invention, la mélasse
est avantageusement envoyée à une température d'environ 50 à 60°C, mieux encore
à environ 55°C, avant d'être envoyée à l'étape de décalcification pour régénérer
la résine échangeuse d'ions.
Avant la régénération proprement dite, les résines subissent une vidange
totale puis sont lavées à sec avec une faible quantité d'eau (environ 0,2 BV).
Selon la deuxième variante de l'invention, le lavage de la résine
échangeuse d'ions est effectué alors que la résine est à sec, c'est-à-dire le lit
de résine a été drainé et se trouve donc à sec. Une résine échangeuse d'ions est
dite "à sec" quand elle ne comprend pas de liquide interstitiel (eau).
Pour autant que le sache la Demanderesse, dans l'art antérieur, aucun
lavage de résine échangeuse d'ions n'avait été effectué sur une résine à sec. Il
a donc fallu vaincre un important préjugé pour appliquer les dispositions ci-dessus
de la deuxième variante de la présente invention.
Selon encore une autre disposition avantageuse de cette deuxième variante
de l'invention, après régénération (lavage), la résine est amenée à sec, par une
vidange totale du bidon de résine, et la résine est lavée à sec par plusieurs galettes
successives d'eau.
La mélasse calcifiée ayant servi à régénérer la résine échangeuse
d'ions de l'étape de décalcification est mélangée avec de la mélasse du processus,
c'est-à-dire de la mélasse turbinée, pour obtenir une concentration égale à environ
80 % de matières sèches, et est envoyée au stockage.
Si on le désire, il est possible d'éliminer les sels de chaux de la
mélasse calcifiée provenant de la régénération de la résine échangeuse d'ions en
carbonatant simplement ladite mélasse et en séparant le carbonate de calcium formé.
Le procédé de la présente invention peut être utilisé aussi bien dans
la fabrication du sucre de betteraves que dans celle du sucre de canne.
La présente invention sera à présent illustrée en référence à la Figure
annexée, représentant schématiquement un processus de fabrication du sucre, donné
à titre d'exemple, selon, respectivement, la première ou la deuxième variante de
la présente invention.
Selon la première variante, les jus épurés JE provenant des étapes
de filtration (en général au nombre de deux), contenant des ions sodium, potassium
et calcium, sont envoyés par 1 à une étape de décalcification DK, désignée par
2. Au cours de l'étape de décalcification DK, les jus calcifiés passent sur une
résine échangeuse d'ions (non représentée). Les jus, débarrassés des ions calcium
et contenant encore des ions sodium et potassium, sortant de la décalcification
par 3, sont à environ 15 % de matières sèches. Ces jus avant évaporation sont désignés
par JAE. Les JAE sont envoyés par 3 dans une étape d'évaporation à plusieurs effets
4, en général au nombre de cinq (non représentés), d'où ressort par 5 un sirop
à environ 72 à 74 % de matières sèches. Ce sirop reçoit les refontes de sucre de
troisième jet et éventuellement de deuxième jet, comme cela sera montré ci-après,
pour constituer la Liqueur Standard 1 (LS1), qui alimentera le premier jet de cristallisation.
La LS1 est envoyée par 5 dans un appareil à cuire de premier jet 6, contenant la
Masse Cuite I (MCI). La MCI sortant en 7 de l'appareil à
cuire de premier jet 6 est envoyée dans une turbine de premier jet discontinue
8 où elle est additionnée d'eau H2O en 9. En sortie 10 de la turbine
de premier jet 8, on récupère du sucre de premier jet, Sucre I ou SI,
ainsi qu'en 11, une eau mère de la MCI, désignée par Egout Pauvre I
(EP1). Cet EP1 constitue aussi la LS2 (Liqueur Standard 2). L'EP1 (ou LS2) est
envoyé à un appareil à cuire de deuxième jet 12, contenant la Masse Cuite II (MCII).
La MCII sortant par 13 de l'appareil à cuire de deuxième jet 12 est
envoyée dans une turbine de deuxième jet continue 14. On récupère en sortie 15
de la turbine de deuxième jet 14 du sucre de deuxième jet Si, ainsi qu'en 16 une
eau mère de la MCII, désignée par Egout Pauvre II (EP2). Le sucre de
deuxième jet SII est recyclé par 15' dans la liqueur standard LS1. L'EP2
est envoyé par 16 dans un appareil à cuire de troisième jet 17 contenant la Masse
Cuite III (MCIII)&peseta; La MCIII sortant par 18 de l'appareil
à cuire de troisième jet 17 est envoyée dans un bloc de malaxeurs verticaux 19,
en général au nombre de trois (non représentés individuellement), puis par 20 sur
une turbine continue 21. En sortie de la turbine continue 21, on récupère par 22
du sucre roux SR, qui est renvoyé vers la Liqueur Standard 1 par 22', et, par 23,
de la mélasse turbinée MT.
Selon la première variante de la présente invention, une partie de
la mélasse turbinée MT, obtenue entre 82 et 86 brix, en général à environ
84 brix, est diluée avec des jus de dilution de mélasse JDM provenant par 24 du
lavage de la résine échangeuse d'ions jusqu'à environ 35 brix, et envoyée par 25
à l'étape de décalcification 2 pour régénérer la résine échangeuse d'ions à co-courant.
La mélasse calcifiée MC sortant de la décalcification 2 par 26 après
avoir régénéré la résine échangeuse d'ions est mélangée avec la mélasse turbinée
MT pour obtenir une mélasse ayant une concentration supérieure à environ
78 à 80 % de matières sèches qui est envoyée au stockage par 27.
Le rendement de régénération théorique Rt, c'est-à-dire
le rapport [équivalent cation de régénération] sur [équivalent de Ca++
éliminé] est de 1,34. Le Tableau 1 ci-après indique les valeurs pratiques obtenues
pour le rendement de régénération pratique RP dans le procédé de la
présente invention et les différents procédés de l'art antérieur.
Procédé
Rp
NaCI
5-10
Gryllus
4-7
Akzo
2,0-3,0
Présente invention à co-courant
4,0
Selon la deuxième variante, les jus épurés JE provenant des étapes
de filtration (en général au nombre de deux), contenant des ions sodium, potassium
et calcium, sont envoyés par 1 à une étape de décalcification DK, désignée par
2. Au cours de l'étape de décalcification DK, les jus calcifiés passent sur une
résine échangeuse d'ions (non représentée). Les jus, débarrassés des ions calcium
et contenant encore des ions sodium et potassium, sortant de la décalcification
par 3, sont à environ 15 % de matières sèches. Ces jus avant évaporation sont désignés
par JAE. Les JAE sont envoyés par 3 dans une étape d'évaporation à plusieurs effets
4, en général au nombre de cinq (non représentés), d'où ressort par 5 un sirop
à environ 72 à 74 % de matières sèches. Ce sirop reçoit les refontes de sucre de
troisième jet et éventuellement de deuxième jet, comme cela sera montré ci-après,
pour constituer la Liqueur Standard 1 (LS1), qui alimentera le premier jet de cristallisation.
La LS1 est envoyée par 5 dans un appareil à cuire de premier jet 6, contenant la
Masse Cuite I (MCI). La MCI sortant en 7 de l'appareil à
cuire de premier jet 6 est envoyée dans une turbine de premier jet discontinue
8 où elle est additionnée d'eau H2O en 9. En sortie 10 de la turbine
de premier jet 8, on récupère du sucre de premier jet, Sucre I ou SI,
ainsi qu'en 11, une eau mère de la MCI, désignée par Egout Pauvre I
(EP1). Cet EP1 constitue aussi la LS2 (Liqueur Standard 2). L'EP1 (ou LS2) est
envoyé à un appareil à cuire de deuxième jet 12, contenant la Masse Cuite II (MCII).
La MCII sortant par 13 de l'appareil à cuire de deuxième jet 12 est
envoyée dans une turbine de deuxième jet continue 14. On récupère en sortie 15
de la turbine de deuxième jet 14 du sucre de deuxième jet SII, ainsi
qu'en 16 une eau mère de la MCII, désignée par Egout Pauvre II (EP2).
Le sucre de deuxième jet SII est recyclé par 15' dans la liqueur standard
LS1. L'EP2 est envoyé par 16 dans un appareil à cuire de troisième jet 17 contenant
la Masse Cuite III (MCIII) La MCIII sortant par 18 de l'appareil
à cuire de troisième jet 17 est envoyée dans un bloc de malaxeurs verticaux 19,
en général au nombre de trois (non représentés individuellement), puis par 20 sur
une turbine continue 21. En sortie de la turbine continue 21, on récupère par 22
du sucre roux SR, qui est renvoyé vers la Liqueur Standard 1 par 22', et, par 23,
de la mélasse turbinée MT.
Selon la deuxième variante de la présente invention, une partie de
la mélasse turbinée MT, obtenue entre 82 et 86 brix, en général à environ
84 brix, est diluée avec des jus de dilution de mélasse JDM provenant par 24 du
lavage de la résine échangeuse d'ions, et envoyée par 25 à l'étape de décalcification
2 pour régénérer la résine échangeuse d'ions à contre-courant. La mélasse calcifiée
MC sortant de la décalcification 2 par 26 après avoir régénéré la résine
échangeuse d'ions est mélangée avec la mélasse turbinée MT pour obtenir
une mélasse ayant une concentration supérieure à environ 78 à 80 % de matières
sèches qui est envoyée au stockage par 27.
Le rendement de régénération théorique Rt, c'est-à-dire
le rapport [équivalent cation de régénération] sur [équivalent de Ca++
éliminé] est de 1,34. Le Tableau 2 ci-après indique les valeurs pratiques obtenues
pour le rendement de régénération pratique RP dans le procédé de la
présente invention et les différents procédés de l'art antérieur.
Procédé
Rp
NaCI
5-10
Gryllus
4-7
Akzo
2,0-3,0
Présente invention à contre-courant
2,0 à 3,0
Les Exemples suivants décrivent l'invention de façon non limitative.
Exemple 1 (concernant la première variante)
Le lit de résine échangeuse d'ions de décalcification contenant de
la résine, avec un piège à résine, sous forme de billes est contenu dans un bidon;
Les phases a), b), c) et d) ci-dessus sont ensuite reprises.
Exemple 2 (concernant la deuxième variante)
On effectue les phases a) à f), comme dans l'Exemple 1 ci-dessus.
On effectue ensuite les phases suivantes :
- g) Un lavage avec une faible quantité d'eau (0,2 BV) est réalisé sur le lit
de résine à sec afin de mieux séparer le JAE de la mélasse;
- h) La mélasse brute MB est diluée avec du JDM à 62 brix. Cette mélasse
à 55°C est envoyée à la régénération pour passer à contre-courant à la vitesse
de 1,5 BV/h. Le volume à passer est de 1,7 BV;
- i) Après régénération, le bidon de résine échangeuse d'ions est à nouveau vidangé
et dégazé;
- j) Les résines sont alors lavées 4 fois avec 0,18 BV d'eau. Les éluats sont
collectés dans le bac de JDM.
- k) Un contre-courant au JAD permet de récupérer une fraction diluée (jusqu'à
15 brix) envoyée à l'épuration. Ce bidon est régénéré et prêt à l'emploi.
- I) Le JDM sert à diluer la mélasse pour la régénération. L'excédent est utilisé
au niveau du 3ème jet pour effectuer des dilutions (sortie de cuite - en malaxeur)
ou des clairçages en turbine.
Les phases a), b), c) et d) sont ensuite reprises.
L'homme de l'art comprendra que bien que l'invention ait été décrite
et illustrée pour des modes de réalisation particuliers, de nombreuses variantes
peuvent être envisagées tout en restant dans le cadre de l'invention tel que défini
dans les revendications annexées.