La présente invention a trait à l'élaboration de boissons alcoolisées
et plus particulièrement à la supplémentation en certains constituants desdites
boissons au cours de leur élaboration et notamment bien que non exclusivement à
la supplémentation en divers constituants, par exemple en tanins, d'un vin rouge
lors de son élevage dans un contenant.
C'est dans cette application à l'élevage d'un vin rouge que l'invention
va être décrite ci-après, mais il est évident que le procédé de l'invention peut
s'appliquer plus généralement à la vinification d'un moût à l'élevage d'eaux de
vie telles que le cognac par exemple, ou encore à la fabrication de bières.
On sait que le passage d'un vin, d'un moût, d'une boisson alcoolisée
dans un contenant de bois et notamment en barrique permet à celui-ci de se charger
petit à petit d'un certain nombre de constituants du bois par des phénomènes de
diffusion.
Dans le même temps on assiste grâce à la porosité de la barrique à
des phénomènes d'oxydation ménagée du vins et des constituants cédés par la barrique.
Les constituants cédés varient bien évidemment en fonction de l'origine
du bois, en fonction du brûlage des douelles.
Tous ces phénomènes sont parfaitement connus.
A titre illustratif on a représenté sur la figure 1 ci-annexée l'évolution
des tanins ellagiques cédés par une barrique de chêne français au cours de l'élevage
d'un vin. On s'aperçoit que dans une premier temps le taux de tanins ellagiques
peut monter jusqu'à une concentration comprise entre 50 et 150 mg/L dans le vin
en fonction de la nature du bois utilisé et de l'intensité de sa chauffe. Par la
suite, au fur et à mesure de l'épuisement du bois en tanins ellagiques, les phénomènes
d'hydrolyse et d'oxydation entraînant la dégradation de ces tanins deviennent plus
importants que leur dissolution dans le vin ce qui entraîne une diminution constante
de leur concentration dans le vin, comme on peut l'observer sur la courbe de la
figure 1.
L'élevage des vins ou des boissons alcoolisées peut se faire en barrique
neuve mais également dans des contenants en bois plus ou moins usagés et qui au
fur et à mesure de leur utilisation vont s'appauvrir en constituants susceptibles
d'être cédés au liquide et notamment en tanin ellagique. En effet, un élevage de
4 mois en barriques neuves de chêne français peut permettre d'avoir une quantité
d'ellagitanins totaux dans le vin avoisinant les 100 mg/L alors que la même durée
d'élevage sur une barrique usagée ne permettra d'avoir qu'une quantité inférieure
à 30 mg/L.
D'autre part, il s'avère également que certaines provenances de bois
ne sont que peu susceptibles de céder certains tanins ellagiques au vin. Ainsi les
barriques issues de chênes américains sont beaucoup plus pauvres en tanins ellagiques
que celles issues de chêne français de par leur origine botanique.
Le but de cette invention est de pallier à la pauvreté en certains
constituants et notamment en tanins, de certains contenants, soit parce qu'ils ne
sont pas en bois, soit parce qu'il s'agit de contenants en bois usagés ou pauvres
par leur nature, en sorte d'avoir, par exemple dans un vin rouge, une quantité de
certains constituants recherchés tels que des tanins ellagiques, suivant une concentration
sensiblement analogue à celle qu'il aurait s'il avait été élevé, durant la même
période de temps, dans une barrique en bois neuve de la meilleure essence.
A cet effet, l'invention a pour objet un procédé de supplémentation
en constituants d'une boisson alcoolisée, lors de son élaboration, dans lequel,
lors de la mise en place de ladite boisson dans un contenant d'élaboration, on effectue
un ajout à ladite boisson desdits constituants, caractérisé en ce que ledit ajout
est effectué avec une dose de constituants déterminée en fonction de la différence,
mesurée ou estimée, d'apport en lesdits constituants entre une barrique en bois
neuve de la meilleure essence et ledit contenant d'élaboration et en ce que des
ajouts complémentaires sont effectués à intervalles déterminés et avec des dosages
déterminés en fonction de la nature dudit contenant, en sorte de compenser au cours
du temps la diminution par dégradation desdits constituants et d'obtenir une courbe
de concentration en constituants de ladite boisson tendant vers celle qui serait
obtenue avec ladite barrique de la meilleure essence aux lieu et place dudit contenant.
Une application du procédé ci-dessus à l'élevage d'un vin rouge devant
être supplémenté en tanins va maintenant être décrite en se référant à la figure
2 qui illustre la courbe d'évolution des tanins ellagiques lors de l'élevage d'un
vin rouge dans les conditions de l'invention, et aux figures 3 et 4 qui illustrent
respectivement l'évolution de la concentration en tanins ellagiques d'un vin rouge
élevé en barrique usagée et sans apport de tanins (fig.3) et l'évolution de la concentration
en tanins ellagiques d'un vin rouge élevé en barrique usagée avec apport de tanins
en une seule fois (fig.4).
Il est déjà connu, lors de la vinification d'un moût ou l'élevage
d'un vin, d'ajouter dans la cuve de moût ou de vin des produits oenologiques pouvant
être constitués par du tanin, comme décrit dans FR 2 746 812.
Toutefois, il s'agit d'un apport initial et unique qui n'est nullement
de nature à pallier les inconvénients rappelés plus haut de l'utilisation de contenants
en bois usagés ou pauvres par leur nature ou de contenants qui ne sont pas en bois.
En effet, s'il était ajouté, par exemple en une seule fois, une dose
importante de tanin ellagique dès le départ sur une barrique usagée, peu susceptible
de céder de par elle-même des tanins ellagiques, celui-ci serait hydrolysé et oxydé
au bout de quelques mois et l'oxydation ménagée des tanins ellagiques au cours du
temps ne se ferait plus par la suite comme dans une barrique neuve. La figure 4
illustre précisément les effets d'un tel ajout dans une barrique usagée et la comparaison
avec la figure 1 permet de noter de manière saisissante la différence très importante
de concentration en tanins au bout de trois mois d'élevage.
D'autre part, l'addition en une seule fois de tanin ellagique conduit
à des vins moins souples et moins ronds que ce que l'on peut obtenir par une addition
fractionnée au cours du temps selon les enseignements de l'invention.
Conformément à l'invention on procède au remplissage habituel des
barriques par exemple des barriques usagées, puis on introduit au moyen d'une dose
pré-calculée pour une barrique (comprimé, dosette, poudre ou granulé pré-pesé) le
ou les tanins désirés en fonction de la nature du contenant. Il peut s'agit de divers
tanins, par exemple d'un tanin ellagique, d'un tanin proanthocyanidique d'un tanin
gallique ou d'un mélange de divers tanins. A ce titre l'utilisation d'une poudre
ou granulé effervescent ou d'un comprimé de tanin(s) effervescent facilitera grandement
l'homogénéisation et la dissolution du produit dans la barrique tout en rendant
l'opération plus pratique. C'est cette forme qui sera donc préférentiellement préconisée.
A titre d'exemple, non limitatif, un assemblage de bicarbonate de
potassium 38%, d'acide citrique 21 % et de tanin ellagique 41 % donne de très bons
résultats en pratique.
La dose initiale de tanin(s) ajoutée pour compenser le déficit du
contenant pourra se faire en fonction de la différence mesurée ou estimée du contenant
par rapport à une barrique neuve de la meilleure essence. Pour cela, plusieurs façons
de procéder peuvent être mises en oeuvre :
- dosage des ellagitanins totaux par HPLC ou par méthode chimique,
- appréciation par les caractères organoleptiques du liquide,
- estimation de manière empirique de la quantité à ajouter sachant par exemple
qu'une barrique usagée ayant déjà contenu un vin ne pourra céder au maximum qu'une
quantité de l'ordre de 30 mg/L d'ellagitanin, il faudra ajouter une dose entre 50
et 80 mg/L d'ellagitanin pour correspondre à un élevage en barrique neuve.
L'unité mg/L utilisé dans la présente invention signifie milligramme
par litre de moût traité.
Par la suite, et à une fréquence qui pourrait être par exemple mensuelle
ou bimestrielle, il sera ajouté à chaque barrique, avec les préparations telles
que décrites plus haut, une dose pré-calculée de tanin(s) pour simuler l'apport
qui aurait été naturellement fait par une barrique neuve notamment une barrique
en bois de la meilleure essence.
Cet apport au cours du temps permettra alors de compenser la diminution
par dégradation oxydative des tanins (de l'ordre de 10 à 20 mg/L/mois) pour se maintenir
au même niveau qu'une barrique neuve. Cet apport devra être moins important vers
la fin de l'élevage (de l'ordre de 5 à 10 mg/L/mois) pour mieux simuler ce qu'il
se passe par exemple en barrique neuve de chêne français, c'est-à-dire un épuisement
du bois en substances solubilisables dans le liquide, entraînant une teneur en tanins
ellagiques de plus en plus faible. On aura ainsi une évolution par exemple des tanins
ellagiques se présentant comme illustré en figure 2.
Sur la figure 2 en 1 est indiqué le premier apport de tanin(s) lors
de la mise en barrique du vin d'élevage, et en 2, 3, 4, 5 et 6 des apports complémentaires
dosés effectués à intervalles d'un ou deux mois, le premier apport complémentaire
(N° 2) étant réalisé après trois mois (ou éventuellement quatre) de séjour en barrique.
Les pics correspondant aux apports N° 2 à 6 sont progressivement moins
élevés correspondant aux réductions progressives des doses indiquées plus haut.
On peut bien entendu modifier sensiblement la courbe d'évolution de
la concentration en tanin(s) au cours des mois en jouant sur les doses successives
et sur le moment de leur introduction dans la barrique.
Le procédé de l'invention permet ainsi d'obtenir une courbe d'évolution
de la concentration en tanin(s), notamment en ellagitanins, qui tend vers celle
(figure 1) obtenue avec une barrique neuve en bois de chêne français.
La figure 3 illustre ce que l'on aurait obtenu avec une barrique en
bois usagée et sans apport de tanin. Dès le début, la concentration par exemple
en ellagitanins est très faible et ne cesse pas de se dégrader.
Dans le cas de la figure 4 (barrique usagée avec apport initial et
unique d'ellagitanins) au bout de trois mois d'élevage on est au même taux de concentration
que dans le cas de la figure 3, alors qu'avec le procédé de l'invention au bout
de douze mois on peut avoir une concentration en ellagitanins pouvant se rapprocher
de 50 mg/L comme dans le cas de barrique neuve de la meilleure essence (figure 1).
Lorsque les doses ajoutées (N° 2 à 6) sont un mélange de différents
tanins (tanins ellagiques, proanthocyanidiques, galliques,...), la dose à ajouter
se fera au prorata de la teneur en tanin ellagique de l'ajout initial (N° 1). C'est-à-dire,
si le mélange de tanins contient 50% de tanins ellagiques les doses préconisées
seront multipliées par 2, de même, s'il s'agit d'un mélange de tanin ellagique avec
tous autres produits (chimiques, organiques, minéraux,...).
L'invention s'applique bien entendu à l'élevage d'un vin rouge dans
un contenant qui n'est pas en bois, par exemple une cuve métallique ou en béton,
auquel cas les doses d'ajout de tanin(s) ou analogues sont plus importantes pour
tenir compte de l'apport nul du matériau de la cuve.
Le procédé de l'invention s'applique également à l'élevage d'un vin
rouge en cuve hermétique à condition de recréer les mêmes phénomènes oxydatifs que
ceux observés dans les barriques en bois.
A cet effet, en complément des ajouts de tanin(s), on introduira dans
le liquide de la cuve de manière régulière, continue ou échelonnée par doses périodiques,
une certaine quantité d'oxygène, par exemple et en moyenne de l'ordre de 0,5 à 5
mg/L et par mois, par divers procédés tels que microbullage, aération, composé ou
mélange de produits dégageant de l'oxygène.
Dans ce cas, par exemple, la quantité d'ellagitanins à rajouter se
fera en considérant qu'il n'y a pas d'ellagitanins diffusibles par le contenant
et la valeur de l'apport initial sera aux alentours de 100 mg/L. Les quantités ajoutées
au cours du temps seront d'environ 5 mg/L/mois supérieures à celles du cas illustré
par la figure 2.
Ces doses renforcées correspondent à celles utilisées dans le cas
de barriques usagées.
Le procédé de l'invention peut encore être utilisé pour supplémenter
par exemple en tanins des eaux de vie, les doses étant sensiblement plus fortes
que pour le vin.
Ainsi, pour réaliser une eau de vin du type cognac VSOP, la quantité
totale de tanin à ajouter sera d'environ 1 g par degré d'alcool et par hectolitre.
Ce rajout pourra se faire pour moitié au départ de l'élevage, puis
ensuite lors d'un élevage d'un minimum de 12 mois et porté à 18 mois de préférence,
un rajout de 1 /10 de la dose totale pré-calculée, pour la première fois au bout
de 4 mois et puis ensuite tous les deux mois. La fréquence des rajouts et l'ajustement
des doses pourront être modifiés en fonction de la dégustation.
Lorsqu'on réalisera une eau de vie type Brandy plus ordinaire, on
opérera de même mais à des doses plus faibles pouvant atteindre le 1/3 de celles
déterminées plus haut.
Dans le cas des eaux de vie, soit l'élevage se fera en fûts usagés
ou en barriques usagées et les phénomènes d'oxydation ménagée seront réalisés à
travers le bois, soit l'élevage se fera en cuve hermétique et de la même manière
que dans l'exemple donné plus haut à propos du vin et impliquera de recréer les
mêmes phénomènes oxydatifs que ceux produits au niveau de la barrique en apportant
une quantité d'oxygène de l'ordre en moyenne de 0,5 à 5 mg/L et par mois par les
procédés précédemment décrits, de manière continue ou échelonnée.
Il est à noter que le procédé de l'invention peut être mis en oeuvre
pour supplémenter toute boisson alcoolisée (vin, eau de vie, bière, etc...) en divers
constituants, tanins ou autres, notamment en constituants naturellement apportés
par le matériau du contenant d'élaboration de la boisson alcoolisée lorsque ces
constituants ne sont pas apportés en quantité suffisante, voire lorsqu'ils ne sont
pas apportés du tout comme c'est le cas de contenants constitués de cuves métalliques
ou en béton, alors qu'il est souhaitable que la boisson élaborée contienne de tels
constituants.