L'invention concerne une conduite d'un moteur thermique
d'un véhicule automobile, destinée à véhiculer des gaz d'échappement
de ce moteur depuis un point de sortie du moteur jusqu'à une jonction au niveau
de laquelle ces gaz sont mélangés à de l'air pour constituer un mélange
d'admission pour le moteur.
Une telle conduite, destinée à constituer un
système EGR (Exhaust Gaz Recycling), permet de recycler une partie des gaz
par le moteur pour diminuer les émissions de polluants durant le fonctionnement
du moteur.
Pour optimiser l'effet du recyclage des gaz d'échappement,
il est nécessaire que ces gaz se distribuent de façon homogène avec
l'air d'admission à l'entrée du cylindre.
Dans l'exemple décrit par le brevet américain
US2002/0088443
, la jonction comprend un profilé tronconique définissant une
section transversale complexe au contour étoilé, permettant d'orienter
l'air et les gaz d'échappement selon des directions radiales opposées
au niveau de la jonction, afin de favoriser leur mélange en amont de l'admission
du moteur.
Cette solution ne permet pas de garantir que la distribution
des gaz d'échappement soit suffisamment homogène entre les cylindres.
La présente invention vise à palier cet inconvénient
en proposant une solution simple, peu coûteuse et facilement intégrable
à une conduite existante, pour améliorer encore l'homogénéité
du mélange air/gaz.
A cet effet, l'invention concerne une conduite d'un moteur
thermique d'un véhicule automobile, destinée à véhiculer des
gaz d'échappement vers une jonction au niveau de laquelle ces gaz sont mélangés
à de l'air pour constituer un mélange d'admission destiné à
alimenter une chambre de combustion du moteur.
Selon l'invention, la conduite comprend un élément
supplémentaire destiné à augmenter la longueur devant être parcourue
par les gaz d'échappement pour atteindre la jonction.
La longueur de cet élément est choisie pour que
le débit de gaz et le débit d'admission soient en phase au niveau de la
jonction pour un point de fonctionnement donné du moteur.
De la sorte, à l'instant où le débit d'admission
est maximal au niveau de la jonction, le débit de gaz d'échappement refoulé
dans cette jonction l'est aussi. De même, lorsque le débit d'admission
est minimum au niveau de la jonction, le débit de gaz d'échappement l'est
aussi.
On obtient donc un mélange air/gaz présentant
des teneurs en air d'admission et en gaz d'échappement au niveau de la jonction
qui sont sensiblement constantes durant la totalité du cycle de fonctionnement
du moteur.
Selon une autre caractéristique, l'élément
supplémentaire est intégré à un échangeur thermique composé
par au moins un tube parcouru par les gaz d'échappement et dont la paroi extérieure
est en contact avec un circuit de refroidissement.
Selon encore une autre caractéristique, l'échangeur
comprend plusieurs tubes s'étendant parallèlement les uns aux autres et
étant connectés en série.
De préférence, les tubes sont disposés côte
à côte suivant un premier plan d'assemblage.
Avantageusement, les tubes sont disposés en outre
suivant un deuxième plan d'assemblage perpendiculaire au premier plan.
Selon une autre caractéristique, l'un des tubes de
l'échangeur débouche directement dans la jonction.
Selon encore une autre caractéristique, la conduite
comprend une vanne de régulation des gaz d'échappement située en
amont de l'échangeur.
L'invention sera mieux comprise, et d'autres buts et avantages
de celle-ci apparaîtront plus clairement au cours de la description qui va
suivre faite en référence aux figures annexées, parmi lesquelles
:
- la figure 1 est un graphique représentant respectivement les débits
de gaz recyclé (traits pleins) et de l'air aspiré (traits interrompus)
au niveau d'une jonction dans laquelle débouche une conduite de recirculation
de type connu, et du mélange gaz d'échappement/air d'admission aspiré
par le cylindre (traits pointillés), en fonction de la position du vilebrequin
;
- la figure 2 est un graphique analogue au graphique de la figure 1, réalisé
avec une conduite selon l'invention ;
- la figure 3 est un histogramme illustrant la dispersion des gaz à recycler
au sein des différents cylindres de trois répartiteurs différents,
pour la conduite connue de la figure 1 (hachures) et pour la conduite selon l'invention
(points) ;
- la figure 4 représente un échangeur thermique intégré à
une conduite de recirculation de gaz selon l'invention.
L'invention est basée sur le constat selon lequel
pour un moteur thermique dans lequel une partie des gaz d'échappement est recyclée
en mélangeant ces gaz à de l'air d'admission, les débits d'air et
de gaz à recycler sont déphasés l'un par rapport à l'autre au
niveau de la jonction où ils sont mélangés.
Ainsi, le mélange sortant de la jonction a des teneurs
qui varient cycliquement selon une période conditionnée par le point de
fonctionnement du moteur. Plus particulièrement, le mélange est une succession
de mélange à forte teneur en gaz et à faible teneur en air, et de
mélange à faible teneur en gaz et à forte teneur en air.
En effet, dans un moteur thermique à quatre temps,
chaque cylindre décrit un cycle comprenant successivement l'admission, la compression,
la détente, et l'échappement. Un cycle complet se déroule sur deux
aller-retour de piston, c'est-à-dire deux tours de vilebrequin, de sorte que
l'échappement a lieu un tour et demi après l'admission, pour un même
cylindre.
Dans le cas d'un moteur quatre temps à quatre cylindres,
les cycles des cylindres sont décalés d'un demi-tour de vilebrequin les
uns par rapport aux autres. On a donc à chaque tour de vilebrequin deux admissions
et deux échappements : pendant le premier demi-tour, ont lieu une admission
et un échappement, et pendant le second demi-tour, ont lieu une autre admission
et un autre échappement.
Ainsi, les débits de gaz et du mélange d'admission
ont tous deux des amplitudes qui varient avec une fréquence valant le double
du régime de rotation du moteur. Mais le débit d'admission s'avère
être en retard de phase par rapport au débit d'échappement.
En effet, le débit maximal d'échappement est
atteint en début de phase d'échappement, car ce maximum correspond sensiblement
à l'ouverture d'une soupape d'échappement qui a pour effet de libérer
une surpression importante dans le cylindre, cette soupape étant ouverte dès
le début de la phase d'échappement.
Au contraire, le débit maximal d'admission est atteint
en milieu de plage d'admission, c'est-à-dire un quart de tour de vilebrequin
après le début de l'admission, car il correspond à l'instant où
l'effet d'aspiration est maximal, à savoir lorsque la vitesse du piston est
la plus élevée, ce qui se produit lorsque ce piston est à mi-course
dans le cylindre.
Il s'ensuit que dans un moteur quatre temps à quatre
cylindres, les maxima du débit d'admission sont déphasés de 90°
par rapport aux maxima du débit d'admission, ce qui revient à dire que
le débit d'admission est déphasé de 90° par rapport au débit
d'échappement.
Une illustration de ce décalage est mise en évidence
sur la figure 1.
A l'instant où le débit d'admission 1 est maximal,
par exemple à l'aspiration du premier cylindre, le débit de gaz 2 à
recycler est quasiment nul, si bien que le mélange crée entre l'air et
les gaz présente une forte teneur en air et une faible teneur en gaz à
recycler.
Lorsque le débit d'air 1 est minimum, par exemple
en fin d'aspiration du premier cylindre et avant l'aspiration du second cylindre,
le débit de gaz à recycler 2 est maximum et ces gaz pénètrent
dans le répartiteur, sans être réellement mêlés à
l'air, ce dont résulte à la jonction, un mélange air/gaz ayant une
faible teneur en air et une forte teneur en gaz à recycler.
Ainsi, des mélanges air/gaz de différentes teneurs
sont admis dans les différents cylindres du moteur, un cylindre pouvant aspirer
un mélange air/gaz à forte teneur en gaz à un instant du cycle, le
cylindre adjacent pouvant aspirer un mélange air/gaz à faible teneur en
gaz, ce dont résulte une dispersion de la distribution des gaz à recycler
dans les différents cylindres, comme l'illustre la figure 3.
La solution proposée par l'invention consiste à
intégrer à la conduite de recirculation un élément 4 destiné
à augmenter la longueur devant être parcourue par les gaz d'échappement
entre le point de sortie du moteur et la jonction, pour que le débit de gaz
à recycler dans le conduit et le débit du mélange formé par
ces gaz et l'air et aspiré par les cylindres, autrement nommé débit
d'admission du mélange, soient en phase au niveau de la jonction pour au moins
un point de fonctionnement du moteur.
Comme l'illustre la figure 2, l'intégration de cet
élément à la conduite de recirculation permet la mise en phase du
débit d'admission du mélange 1 avec le débit de gaz à recycler
2 au niveau de la jonction. Ainsi, à cette jonction, lorsque le débit
d'admission 1 est maximal, le débit de gaz 2 l'est également et lorsque
le débit d'admission 1 est minimal, le débit de gaz 2 à recycler
est très faible.
Les teneurs en air d'admission et en gaz d'échappement
du mélange formé à la jonction sont sensiblement constantes au cours
du cycle du moteur.
Ainsi, comme l'illustre la figure 3, on évite une
trop grande dispersion de la distribution des gaz dans les différents cylindres
contrairement à l'utilisation d'une conduite de type connue. Les mélanges
air/gaz à recycler ont des teneurs comparables d'un cylindre à l'autre
(la dispersion des gaz dans les différents cylindres d'un même répartiteur
reste inférieure à 6 %).
Cet élément 4 présente selon l'invention
une longueur de l'ordre du mètre, variable approximativement entre 1 et 4 mètres
selon le point de fonctionnement du moteur choisi comme objectif (et du moteur considéré).
Ce point de fonctionnement est celui pour lequel on souhaite que le débit d'admission
soit en phase avec le débit de gaz au niveau de la jonction.
La longueur ajoutée à la conduite de recirculation
par cet élément supplémentaire peut être déterminée
de façon empirique pour le point de fonctionnement ou régime du moteur,
choisi comme référence.
La longueur de la conduite avec l'élément supplémentaire,
telle que le débit de gaz soit en phase avec le débit d'aspiration au
niveau de la jonction, dépend principalement du régime moteur et de la
vitesse de circulation des gaz dans la conduite à ce régime, qui conditionnent
la longueur d'onde du débit de gaz.
Avec l'élément additionnel, la longueur devant
être parcourue par les gaz d'échappement entre le point où ils sont
refoulés et la jonction de mélange doit être de l'ordre du quart
de la longueur d'onde du débit de gaz pour créer un retard de 90°
vilebrequin (soit un quart de tour) permettant d'annuler le déphasage au point
de jonction.
La détermination de la longueur pourra être effectuée
de manière empirique en mesurant le déphasage entre les gaz d'échappement
en amont de la jonction et le débit d'aspiration, pour ajuster cette longueur
de manière à annuler le déphasage, à un régime donné
du moteur.
Pratiquement, cette longueur se situe entre un et quatre
mètres, et il s'avère que la longueur de la conduite doit être d'autant
plus importante que le régime moteur choisi est bas.
A titre d'exemple, pour un point de fonctionnement d'un
moteur Diesel DW12BTED4 d'environ 1600 tours minute ; 4,7 bar de pression moyenne
effective, la longueur de l'élément, nécessaire à la mise en
phase du débit d'admission avec le débit de gaz à recycler au niveau
de la jonction est d'environ 4 mètres.
Cette longueur supplémentaire de conduite est avantageusement
intégrée dans un échangeur thermique 5 de la conduite de recirculation,
entre une vanne d'admission des gaz à recycler (non représentée)
et la jonction. Cet échangeur 5 refroidit les gaz avant leur introduction dans
le tube d'amenée de l'air.
Cet échangeur thermique 5 est en contact avec un circuit
de refroidissement liquide non représenté.
Selon le mode de réalisation de l'échangeur 5
représenté sur la figure 4, cet échangeur 5 est constitué par
l'assemblage en série de neuf tubes identiques 6 présentant une section
constante (diamètre 24 millimètres), une longueur de 444 millimètres
et qui sont juxtaposés l'un à l'autre, les gaz à recycler parcourant
ainsi 4,5 allers-retours.
Plus précisément, ces neuf tubes 6 sont disposés
par trio selon trois plans XOY superposés selon la direction Z, en étant
espacés de 27,3 millimètres suivant la direction X et suivant la direction
Z, de façon à définir un encombrement latéral de 82 millimètres
sur 82 millimètres. Des organes de liaison 7 sont prévus pour autoriser
le cheminement des gaz d'échappement d'un tube au tube adjacent.
L'un des trois tubes du premier niveau communique directement
avec une extrémité de la conduite de recirculation et fait office de tube
d'entrée 6a des gaz dans l'échangeur, l'un des trois tubes du dernier
niveau faisant office de tube de sortie 6b des gaz d'échappement directement
dans la jonction ou dans une autre extrémité de conduite.
Pour réduire la longueur totale de l'échangeur
5, tout en conservant la longueur additionnelle de 4 mètres, il est possible
d'utiliser plus de tubes 6 que pour l'exemple de la figure 4, comme onze tubes 6
d'une longueur de 363 millimètres chacun, définissant un encombrement
latéral de 82 millimètres sur 110 millimètres, les gaz à recycler
parcourant dans l'échangeur 5,5 allers-retours.
Une autre solution est d'utiliser treize tubes d'une longueur
de 307 millimètres chacun, définissant un encombrement latéral de
110 millimètres sur 110 millimètres et 6,5 allers-retours devant être
parcourus par les gaz à recycler.
Des zones de stockage de suies (non représentées)
sont de préférence prévues à l'intérieur de l'échangeur
5 à l'extrémité du tube d'entrée 6a de l'échangeur 5 et
au sein du tube précédent le tube de sortie 6b de l'échangeur 5,
afin de limiter l'encrassement.
Avantageusement, des moyens (non représentés)
peuvent être utilisés pour permettre de court-circuiter au moins un tube
de l'échangeur afin de diminuer la longueur du chemin parcouru par les gaz
d'échappement au sein de l'échangeur jusqu'à 1 mètre par exemple,
pour permettre la mise en phase des débits également pour des régimes
plus élevés que le régime de référence.
L'invention telle que décrite ci-dessus présente
différents avantages, parmi lesquels .
- la formation d'une réelle distribution des gaz à recycler entre les
cylindres,
- l'intégration aisée de la longueur de conduite supplémentaire
au sein d'un échangeur,
- la possibilité de favoriser l'échange calorifique entre l'échangeur
et le circuit de refroidissement qui l'entoure, par l'augmentation de la surface
de contact,
- un effet acoustique intéressant (gain en remplissage moteur) sur la pleine
charge pour le point de fonctionnement choisi.