DOMAINE TECHNIQUE DE L'INVENTION
L'invention est relative à une pastille de contact
destinée à être fixée sur un contact mobile de disjoncteur basse
tension destiné à supporter des courants crêtes de court-circuit
compris entre 200 et 600 ampères par millimètre carré de pastille.
La pastille est constituée d'un alliage de matériau conducteur à
base d'argent ou de cuivre, d'une fraction de particules réfractaires telles
que du carbure de tungstène, du tungstène ou du nitrure de titane et d'une
fraction de fibres de carbone
ETAT DE LA TECHNIQUE
La présence de défauts électriques à
l'intérieur de dispositifs de coupure tel que des disjoncteurs électriques
provoque une brusque ouverture de leurs contacts électriques. Cette ouverture
rapide est généralement accompagnée d'arcs électriques donnant
naissance à des contraintes importantes au niveau desdits contacts, plus particulièrement
au niveau de leurs surfaces ou zones de contact.
Afin d'augmenter la longévité des contacts électriques
utilisés dans de tels dispositifs, il est connu de modifier la structure de
la surface ou zone de contact des contacts électriques. Des solutions consistent
à ajouter au niveau de la surface ou zone de contact des matériaux composites
sous la forme de pastilles de différentes épaisseurs et de différents
matériaux.
Les pastilles sont généralement en alliage d'argent
ou de cuivre. Elles sont réalisées de manière usuelle par frittage
d'une poudre composée d'un alliage à base d'argent, notamment argent et
tungstène ou argent et nickel. Ces matériaux de contact présentent
une conductibilité électrique élevée, une résistance suffisante
à l'oxydation et de bonnes propriétés en ce qui concerne la résistance
de contact.
Cependant, les matériaux de contact connus à
base d'argent montrent une tendance indésirable à la soudure. En outre,
ils ont tendance à provoquer l'adhérence des surfaces de contact ou/et
une migration de matière entre les éléments de contact. Enfin, leur
utilisation est généralement associée à une usure trop important
des contacts.
De nombreuses solutions consistent à ajouter à
la poudre d'alliage un matériau conducteur tel que du graphite. De tels matériaux
sont couramment utilisés pour réaliser les pastilles de contact des disjoncteurs.
Le graphite présent dans la matrice métallique permet de réduire
le risque de soudure des contacts. Toutefois, la présence du graphite entraîne
une érosion mécanique accrue de la pastille.
Du carbone, sous forme de fibres peut être aussi apporté
à la poudre d'alliage (document
US4699763
). La résistance à l'érosion est alors améliorée,
mais cette amélioration est acquise au prix d'une altération du comportement
du contact à la soudure. Les fibres de carbone sont mélangées à
la poudre métallique avec un apport d'agent mouillant, lubrifiant et solvant
par voie humide, puis on effectue un séchage, une compression et un frittage.
L'inconvénient d'un tel procédé est qu'il implique des complications
inhérentes à un processus conduit en voie humide.
Pour trouver un compromis acceptable entre le comportement
du matériau à l'érosion et son comportement anti-soudure, il est
proposé d'après le document
DE4111683
de mélanger des particules de graphite à des fibres de carbone,
ce mélange étant incorporé à la poudre métallique. Cet
apport hybride de carbone dans la matrice métallique, permet d'obtenir des
comportements du matériau à l'érosion et à la soudure intermédiaires
entre ceux qu'il aurait montrés avec un apport de particules de graphite seules
ou avec un apport de fibres de carbone seules. Mais il s'avère que, sous de
fortes sollicitations et en particulier sous de forts courants de court-circuit,
les particules de graphite, de part leur parfaite structure cristalline, montrent
une tendance à être expulsées de la surface du matériau. Cette
expulsion détériore la surface du matériau d'une manière telle
que les fibres de carbone en sont également expulsées à leur tour.
Il en résulte un enrichissement de la surface en argent et donc une altération
des qualités initialement recherchées par l'apport de graphite.
Dans le document
EP0171339
est décrit un procédé de fabrication de contacts électriques
par imprégnation d'un substrat de fibres de carbone par un métal liquide
sous pression, puis par filage à chaud du mélange ainsi obtenu. On constate
que les contacts résultants montrent une trop forte propension au soudage.
Dans le document
EP0729162
est décrit un procédé de fabrication de contacts électriques
à base de poudre d'un métal bon conducteur électrique tel que l'argent
et de fibres de carbone broyées de longueur moyenne inférieure à
20µm. Dans des applications courantes de coupure, on constate que la surface
de contact garde, après coupure sous un courant de court-circuit, sa structure
fine, homogène et isotrope de résidus de fibres de longueur variable et
d'orientation quelconque dans la matrice d'argent. Les proportions pondérales
de résidus de fibre de carbone broyées sont comprises entre 2 à 5%
avec la poudre d'argent. Pour des disjoncteurs limiteurs utilisés pour des
applications dans lesquelles l'arc stagne peu sur les contacts, le matériau
ainsi obtenu montre une résistance de contact après coupure faible, de
bonnes qualités d'anti-soudure et une résistance à l'érosion
acceptable. Cependant, l'utilisation de ce matériau trouve ses limites dans
des applications pour lesquelles on est présence de disjoncteurs sélectifs
où le courant de défaut apparaissant sur les pastilles, a la valeur du
courant présumé de court-circuit ; soit plusieurs dizaines de kilo ampères.
La robustesse à l'érosion des pastilles de contact décrites ci-dessus
n'est plus suffisante et des micro-soudures sont observées lors de passage
de courant de plusieurs dizaines de kilo ampères pendant 1 seconde sans ouverture
de l'appareil.
Par ailleurs, lorsque la taille de ce type de disjoncteur
est miniaturisée et lorsque l'adjonction d'éléments filtrants réduit
de manière drastique les manifestations extérieures, le choix optimum
de matériau de contact est encore plus draconien. En effet, l'énergie
de coupure similaire à celle dégagée dans les disjoncteurs classiques
doit être absorbée dans un volume miniaturisé et quasiment clos.
Il s'ensuit un dépôt important de polluants sur les contacts. Ce dépôt
est constitué en particulier d'acier fondu issu de l'ablation des ailettes
de la chambre d'extinction d'arc.
EXPOSE DE L'INVENTION
L'invention vise donc à remédier aux inconvénients
de l'état de la technique, de manière à proposer une pastille de
contact ayant une faible résistance de contact post coupure, une forte résistance
à l'érosion et de bonnes propriétés anti-soudure.
Une pastille de contact selon l'invention comprend un pourcentage
pondéral de fibres de carbone dans la pastille strictement inférieur à
2% de la masse totale de ladite pastille de contact
Le pourcentage pondéral de fibres de carbone dans
la pastille de contact est compris entre 0,5% et 1.9% de la masse totale de ladite
pastille de contact.
Avantageusement, les fibres de carbone sont des fibres
broyées de longueur inférieure à 20 µm.
De préférence, les fibres de carbones sont constituées
de fibres carbonisées contenant au moins 90% de carbone, moins de 10% d'azote,
sensiblement 1 % d'oxygène et moins de 1 % d'hydrogène.
Selon un mode de développement de l'invention, la
pastille de contact est composée de 79% de l'alliage d'argent, de 20% de carbure
de tungstène (CW) et de 1 % de fibre de carbone.
Un contact mobile de disjoncteur selon un mode développement
de l'invention, comprend un doigt de contact mobile relié à une pastille
de contact telle que définie ci-dessus, la pastille étant reliée
au doigt de contact mobile par l'intermédiaire d'une fine couche de matériau
conducteur à base d'alliage d'argent.
Un disjoncteur selon un mode développement de l'invention
comprend une chambre de coupure comportant des moyens de filtrage destinés
à atténuer des manifestations extérieures des gaz présents dans
la chambre de coupure au moment des ouvertures, et comprend un mécanisme d'ouverture
agissant sur au moins un contact mobile tel que défini ci-dessus et placé
en vis à vis d'un contact fixe, lesdits contacts étant placés dans
la chambre de coupure.
BREVE DESCRIPTION DES FIGURES
D'autres avantages et caractéristiques ressortiront
plus clairement de la description qui va suivre d'un mode particulier de réalisation
de l'invention, donné à titre d'exemple non limitatif, et représenté
au dessin annexé sur lequel :
- la figure 1 représente une vue en coupe d'un disjoncteur comportant un
contact mobile possédant une pastille de contact selon un mode de réalisation
de l'invention.
DESCRIPTION DETAILLEE D'UN MODE DE REALISATION
Selon le mode de réalisation préféré
de l'invention, la pastille de contact 3 est destinée à être fixée
sur un contact mobile 2 de disjoncteur basse-tension 1 destiné à supporter
des courants de court-circuit de plusieurs kilo ampères. En exprimant la densité
de courant électrique en ampères par unité de surface de pastille,
une pastille de contact 3 selon l'invention est destinée à supporter des
courants crêtes de court-circuit compris entre 200 et 600 ampères par
millimètre carré de pastille.
Les effets engendrés par le passage de ces forts courants
de court-circuit se font encore plus ressentir lorsque l'énergie de coupure
est absorbée dans une chambre de coupure 10 ayant un volume interne miniaturisé
et quasiment clos ou étanche.
La pastille de contact 3 est composée d'un matériau
conducteur tel que l'argent (Ag) ou le cuivre (Cu) dans lequel est insérée
une fraction de fibres de carbone et une fraction de particules réfractaires
telle que par exemple du carbure de tungstène (WC), du tungstène (W),
du nitrure de titane (TiN). Ces particules réfractaires possèdent un diamètre
moyen de 1 à 10 microns.
Les fibres de carbone sont constituées de fibres carbonisées
contenant au moins 90% de carbone, moins de 10% d'azote, sensiblement 1% d'oxygène
et moins de 1 % d'hydrogène.
Dans le mode de réalisation présenté, on
choisit des fibres de carbone de longueur moyenne L1 comprise entre environ 100µm
et 800µm et de diamètre compris entre 4 et 20µm. Ces fibres subissent
un traitement mécanique à froid et à sec dans un broyeur mécanique.
Les conditions d'intensité et de durée du broyage permettent d'obtenir
des fibres dont la longueur est répartie statistiquement autour d'une valeur
moyenne très inférieure à la valeur moyenne initiale. On obtient
ainsi à partir des fibres initiales des résidus de fibres broyées
ayant une longueur moyenne inférieure à 20µm. Les fibres broyées
sont ensuite ajoutées au matériau conducteur contenant les fractions réfractaires.
Le mélange de poudre de matériau conducteur aux fibres de carbone broyées
s'effectue par voie sèche dans un mélangeur mécanique jusqu'à
obtenir un mélange homogène. Ledit mélange subit ensuite une compression
unitaire et un frittage de manière à obtenir une structure de matériau
isotrope
Un tel procédé de fabrication est décrit
en détail dans le document
EP-B-0729162
, dont la description est sur ces points incorporée ici par référence.
Dans le but de résister aux contraintes spécifiques
observées dans les disjoncteurs sélectifs capables de supporter des courants
dans les conditions décrites ci-dessus, il est nécessaire d'augmenter
la résistance à l'érosion de la pastille ainsi obtenue. Pour ce faire,
le pourcentage pondéral de fibres de carbone dans la pastille est strictement
inférieur à 2%. Il est compris de préférence entre 0,5% et 1,9%
de la masse totale de la pastille.
Dans un exemple d'application de l'invention, un compromis
idéal dans le choix des proportions des matériaux pour ce type d'application,
consiste à utiliser une pastille comprenant 79% d'argent (Ag), 20% de carbure
de tungstène (CW) et 1 % de fibres broyées de carbone.
Finalement, ce matériau ayant structure homogène
appropriée, montre une résistance de contact post coupure faible et stable
ainsi qu'une bonne résistance à l'érosion sous court-circuit de plusieurs
dizaines de kilo ampères. En outre, ce matériau développe des caractéristiques
anti-soudure vis à vis des billes en acier présentes dans l'environnement
lors de la coupure notamment dans la colonne d'arc électrique. Un phénomène
explosif du à la dégradation de la fibre de carbone explique les caractéristiques
anti-adhésion de ce matériau vis à vis des billes d'acier en fusion.
Un contact mobile 2 de disjoncteur 1 comprenant un doigt
de contact mobile se déplaçant par rapport à un contact fixe 4 du
disjoncteur, possède une pastille de contact 3 tel que défini ci-dessus.
Ladite pastille de contact est reliée au doigt de contact mobile par l'intermédiaire
d'une fine couche de matériau conducteur à base d'argent ou d'un mélange
de cuivre et d'argent. Cette couche intermédiaire permet de bloquer la propagation
des fissures dans la zone d'interface entre la pastille de contact 3 et le doigt.
Un disjoncteur 1 comprenant un mécanisme d'ouverture
6 agissant sur au moins un contact mobile électrique 2 tel que défini
ci-dessus. Ledit au moins un contact mobile 2 est placé en vis à vis d'un
contact fixe 4. Ledit contact fixe est constitué d'un alliage, comportant généralement
une matrice métallique d'argent où est insérée une fraction
de particules de poudre de graphite. Ladite fraction de particules constitue 3 à
5 % de la masse de l'alliage. L'alliage peut également comprendre une certaine
quantité d'éléments réfractaires (W ,WC, Ni) comprise entre
2 et 30% de la masse totale. Le disjoncteur 1 selon un mode particulier de réalisation,
est destiné à accepter des courants nominaux de 1600 ampères et des
courants de courte durée de 42000 ampères pendant une seconde. Les chambres
de coupures 10 comportent, par pole, cinq contacts mobiles 2 associés à
une plage de contacts fixes 4. Des moyens de filtrage 5 placés sur les parois
des chambres de coupure 10 sont destinés à atténuer fortement des
manifestations extérieures des gaz présents dans lesdites chambres au
moment des ouvertures des contacts. A titre d'exemple non limitatif, les moyens
de filtrage 5 comprennent des filtres possédant des caractéristiques techniques
spécifiques telles que décrites dans les brevets de la demanderesse (
EP-A-1115132
,
EP-A-1251533
).